Se souvenir de la science-fiction féministe : mémoire collective, mémoires contestées et archives des fandoms littéraires nord-américains des années 1970-1980 (2026)
Ce chapitre est tiré de mon mémoire de M2 et fera l’objet d’une publication au mois de septembre 2026 dans la revue et en libre accès Transformative Works and Cultures spécialisée en fan studies. Ce chapitre est aussi en libre accès dans Les fans en contextes numériques, ouvrage dirigé par M. Bourdaa, H. Breda, D. Peyron, J. Breton, J. Escurignan et S. François aux Presses de l’Université de Bordeaux.
Ce chapitre propose une nouvelle interprétation d’un corpus composé des premiers fanzines de science-fiction (SF) nord-américains à se déclarer explicitement féministes (Janus, Aurora, New Moon, The Witch and the Chameleon et Khatru) publiés entre 1974 et 1993. Ce corpus a déjà été l’objet des travaux pionniers de Justine Larbalestier, Helen Merrick et Rox Samer.
Je mets l’accent sur la mémoire collective comme activité continue des fans, structurée par l’organisation sociale du fandom. Je montre que le travail de mémoire des fans précède l’émergence de la SF féministe en tant que sous-genre littéraire, qu’il a assuré l’autonomie de ce sous-genre et favorisé la création d’espaces d’expérimentation féministe.
Les archives de fans et l’activisme mémoriel sont parfois présentés comme des lieux privilégiés de convergence entre activismes fanique, queer et féministe. Sans aucun doute, la mémoire collective est centrale pour solidifier le récit commun qui garantit la permanence du fandom comme collectivité intergénérationnelle.
Je questionne cette convergence : la mémoire collective n’échappe pas aux rapports de pouvoir à l’œuvre au sein du fandom féministe. Le récit dominant de la SF féministe a pour origine les publications des fans dans les années 1980, à l’époque où celles-ci décident de confier à leurs fanzines un rôle actif dans la préservation de leurs mémoires face au Backlash conservateur (en politique et dans le fandom). Il valorise donc les réalisations des fans et autrices féministes des années 1960-1970, une période fortement associée à l’idée de seconde vague féministe et à la SF New Wave. Dans les années 2010, ce récit a été remis en question par de nouvelles générations de fans en raison de ses angles morts sur le validisme et le racisme ; j’évoque brièvement le cas célèbre du Tiptree Award… lire la suite.